Contenu du site
Un autre type de projection : rencontre thématique sur les discriminations multiples en Suisse
L’ISDH a animé en octobre 2025 une rencontre thématique au Film Festival Diritti Umani de Lugano. L’occasion de présenter l’un de ses axes thématiques, les discriminations multiples, de manière participative et vivante. Résumé des points principaux abordés.
Par « discrimination multiple » l’ISDH entend toute situation dans laquelle plus d’une caractéristique personnelle est à l’origine d’une discrimination : couleur de peau, genre, origine, mode de vie, configuration familiale, apparence physique, état de santé, niveau de formation, etc. Si ces caractéristiques se présentent simultanément, elles peuvent s’entrecroiser et leur effet discriminatoire être renforcé.
Catégorisation et ordre social
Les discriminations multiples peuvent contribuer à hiérarchiser une société. Certaines personnes sont tellement discriminées qu’elles ne peuvent ni progresser socialement, ni faire valoir leurs droits humains. D’autres personnes, qui ne subissent « qu’une » seule forme de discrimination, ont parfois la possibilité de sortir de leur situation difficile.
Les discriminations multiples conduisent souvent à l'invisibilisation de certains groupes. Par exemple, sur le problème du racisme, on pense souvent aux hommes noirs racisés. Il y a donc le danger d’invisibiliser les femmes noires et d’autres formes de racisme. Ou, dans le cas du sexisme, on pense souvent aux femmes blanches, et non pas par exemple aux femmes racisées.
Et dans les droits humains ?
L’interdiction de discriminer des personnes en raison de leurs caractéristiques personnelles constitue une avancée significative des droits fondamentaux et des droits humains.
Il faut toutefois noter que les conventions relatives aux droits humains se basent aussi sur des catégories : convention contre le racisme, pour protéger les femmes, pour les personnes en situation de handicap, etc. Or, dans de nombreux cas, une personne est victime d’une discrimination qui ne se fonde pas sur une seule caractéristique, mais sur une combinaison de caractéristiques qu’on lui attribue. Les interprétations de ces conventions, heureusement, tiennent de plus en plus compte des discriminations multiples.
Entre autres, le terme consacré de « vulnérabilité particulière », utilisé par exemple par la Cour européenne des droits de l’homme, peut être utilisé non seulement pour des personnes, mais aussi pour des groupes. Lorsque des groupes déjà défavorisés sont en plus exposés à d’autres risques de discrimination – par exemple, les femmes en prison – leur vulnérabilité augmente. Les Etats sont alors tenus d’adopter des mesures ciblées pour les protéger.
Lutter contre toutes les formes de discrimination
Le concept de discrimination multiple permet de rendre visibles des discriminations qui visent des groupes et des personnes vulnérables, et de montrer en quoi elles constituent une violation des droits humains. Elles sont aussi un prisme pour comprendre les mécanismes qui invisibilisent certains groupes défavorisés.
Les discriminations ne peuvent être combattues efficacement que si toutes les personnes sont protégées. Il est donc nécessaire de lutter contre toutes formes de discriminations et de ne pas établir de hiérarchie entre les différentes catégories de discriminations. C’est pour cela que l’ISDH a fait des discriminations multiples un de ses axes de travail.
La rencontre thématique s’est terminée par un dialogue avec trois expertes sur le travail du sexe – un exemple concret de discriminations multiples – au Tessin et en Suisse :
Carine Maradan, collaboratrice scientifique chez ProCoRe
Vincenza Guarnaccia, coordinatrice chez Zonaprotetta et responsable de Primis
Monica Marcionetti, responsable de MayDay chez SOS Ticino